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LES RISQUES BANCAIRES

Le début des années 80 a été marqué essentiellement par des mutations stratégiques au niveau des systèmes bancaires de par tout le monde, caractérisées principalement par la déréglementation, la désintermédiation, le décloisonnement des marchés, le désencadrement des crédits.

De même la privatisation de certains établissement de crédit et leur introduction en bourse ont changé complètement le statut de l’actionnariat qui va prendre de nouvelles  couleurs, pour devenir plus exigeant en matière de rémunération et de rentabilité des fonds propres à moyen et long terme. Paradoxalement, ces évolutions qui ont secoué le paysage bancaire vont être accompagnées par une explosion des risques qui ont pesé lourdement sur les établissements de crédit, et ont hypothéqué l’avenir de leur rentabilité.

Les faillites ou les quasi-faillites de certaines banques (exemple: caisse d’épargne américaine) ont montré clairement l’ampleur des risques qui menacent l’activité bancaire.

Quels sont, donc, ces risques ? Leurs conséquences sur le système bancaire en particulier et sur les économies en général ? Et quels sont les moyens nécessaires pour, sinon les éradiquer, du moins pour les gérer à bon escient afin d’en réduire le gravité ?

I-L’identification des risques bancaires

Les banques sont confrontées perpétuellement à une typologie spécifique de risques inhérente  à leurs activités.

A cet effet, nous pouvons distinguer 4 catégories de risques majeurs détaillées comme suit :

ΠLe risque de contrepartie :

Appelé également le risque de crédit ou de signature, il est définit comme le risque de défaillance d’une contrepartie et de non respect de son engagement financier, qui est généralement le remboursement d’un prêt.

 Le risque de taux d’intérêt :

Il apparait lorsque les références de taux sont différentes pour une créance et une dette associées. Autrement dit, lorsque le coût des ressources devient  supérieur au produit perçus sur les emplois. Ce risque est lié à la fonction principale des banques, qui est la transformation qui consiste à adosser des emplois d’une certaine durée sur des ressources de durée différente.

Ž Le risque de liquidité ou de transformation :

Il apparaît lorsqu’un établissement de crédit se trouve dans l’incapacité de faire face à ses engagements à court terme  par la mobilisation des actifs détenus ( qui sont généralement à long terme ).

De même, il peut survenir à l’occasion d’un retrait massif de la clientèle suite à une crise de confiance à l’égard d’un établissement de crédit ou à une crise de liquidité générale du marché.

 Le risque de marché qui englobe :

¬ Le risque de change : qui résulte de la variation défavorable de la valeur d’un actif ou d’un passif libellé dans une devise étrangère, suite à la fluctuation de cette dernière par rapport à la monnaie de référence.

¬Le risque de taux d’intérêt : qui résulte de la variation défavorable des taux         

   (Point déjà détaillé dans la 2ème catégorie des risques bancaires)

¬ Le risque sur les nouveaux instruments financiers : qui nait de la volatilité des marchés concernés et de la complexité de ces instruments 

II-les conséquences de la survenance des risques bancaires :

La survenance des risques bancaires impactent négativement le compte de résultat de la banque par le biais “des provisions pour risque et des passages à pertes“, et se traduit certainement par la diminution des fonds propres, ce qui condamne la solvabilité de l’établissement de crédit en question.

En effet, les pertes s’imputent automatiquement sur les fonds propres et éventuellement sur  les  quasi –fonds propres et rendent, le cas échéant, l’établissement de crédit en situation de passif net.

Œpolitique de provisionnement :

Face à l’évolution  des risques  (de crédit notamment) les banques se trouvent dans l’obligation de mener une politique de protection et de prévention, visant à limiter leurs effets. C’est dans ce cadre qu’intervient la politique de provisionnement qui vise à assurer la couverture des pertes probables résultant de la survenance des différents risques, sans pour autant déroger aux principes comptables de base :

Le principe de prudence, le principe de l’image fidèle et le principe de l’indépendance des exercices. Toutefois, la réalité a montré  que la constatation des provisions résulte  plutôt d’un arbitrage entre  les principes comptables en vigueur et les différentes contraintes liées au résultat et aux fonds propres. Ainsi, le sous-provisionnement vise, souvent, l’affichage d’une rentabilité positive quand l’établissement de crédit réellement déficitaire, ce qui fait apparaître des capitaux propres comptables supérieurs aux capitaux propres réels, et masque ainsi la réalité de la dégradation de la solvabilité de l’établissement en question.

En revanche, le sur-provisionnement consiste à constituer “des provisions significativement supérieures à celles qui seraient économiquement requises“, et ce, soit dans un but purement fiscal qui vise à réduire le bénéfice imposable, soit pour répondre à la volonté des nouveaux dirigeants qui cherchent à créer les conditions d’un rebond prochain de la rentabilité par l’effet de la reprise de ces provisions dans les exercices ultérieurs.

Ces différentes manœuvres constituent une dérogation pure et simple au principe de l’image fidèle au niveau du compte de résultat et du bilan.

-les risques systémiques :

Les liens étroits entre les différents établissements de crédit constituent un facteur de fragilité et de sensibilité de toute banque, à la défaillance d’une autre, et favorisent ainsi l’effet de contagion, à tel point que tout le système bancaire soit menacé : C’est le risque systémique, qui est à l’image du château des cartes qui s’effondre progressivement par contagion.

Aujourd’hui, ce risque a dépassé le territoire national pour menacer même les systèmes bancaire les plus forts et les plus solides de par tout le monde ; la dernière crise asiatique du 1997 en est un exemple révélateur.

La globalisation financière et la dimension internationale de l’activité bancaire depuis le début des années 90, ne pourront qu’amplifier ces risques  qui s’internationalisent même au système bancaire les plus isolés du monde.

III- La gestion des risques bancaires :

De par la nature des activités qu’ils exercent, les établissements de crédit encourent des risques de perte (risques de crédit, de prix, risque opérationnels…) Ainsi qu’un risque général de liquidité qui est lié au phénomène de la transformation.

Devant l’ampleur de ces risques, les autorités de contrôles et les établissements de crédit ont dû mettre en place des mesures adéquates capables d’assurer la sécurisation du système bancaire et d’éviter les conséquences de leur survenance.

Ces mesures visent essentiellement à assurer, pour la banque, une situation de liquidité et de solvabilité satisfaisante, et à garantir en permanence une adéquation entre les risques encoures et la surface financière (représentée par les fonds propres) de la banque concernée.

Dans cette optique nous avons assistée à la mise en place de plusieurs approches, dont notamment l’approche réglementaire (ou quantitative) et l’approche qualitative qui est liée essentiellement à la qualité de l’organisation générale  et à celle du contrôle interne propre à chaque établissement de crédit.

L’approche réglementaire :

Définie par les autorités de contrôle du secteur bancaire, elle se traduit par la mise en œuvre de réglementations prudentielles dans un but de garantir la liquidité, la solvabilité et l’équilibre de la structure financière des établissements de crédit.

Cette approche privilégie la notion des fonds propres qui  doivent être nécessaires pour assurer la solvabilité d’un établissement de crédit, tout en constituant  un “matelas“ de protection et un gage de sécurité pour l’ensemble de détenteurs de créances : déposants, préteur interbancaires…

Le 2ème axe dans cette démarche consiste à définir la relation entre les risques encourus et les fonds propres, et ce à travers l’étude d’un certain ensemble de ratios, dont essentiellement le ratio Cooke (qui sera remplacé par le ratio Mc      donough courant 2005), le ratio de division de risque et le ratio de liquidité.

La notion des fonds propres a été définie dans son aspect réglementaire  ou prudentiel pour englober ainsi les fonds propres de base, et les fonds complémentaires.

¬Les fonds propre de base :

Capital social + réserves + primes d’émission de fusion ou d’apport + report à nouveau (créditeur) + bénéfice et fonds pour risques bancaires généraux, desquels on déduit les non-valeurs (capital non versé, perte , report à nouveau débiteur, frais d’établissement)

¬Les fonds propres complémentaires : englobent les dettes subordonnées (titres et emprunts subordonnés) 

Ainsi les fonds propres prudentiels doivent présenter une disponibilité minimale afin d’assurer la couverture des risques liés à l’activité bancaire.

L’importance de ces fonds en matière de risque de crédit est telle qu’elle justifie leur utilisation dans le calcul des différents ratios prudentiels que nous détaillons comme suit :

·       Le ratio de solvabilité : représenté essentiellement par le ratio COOKE, il est construit de la manière suivante :

ðLe numérateur comprend les fonds propres prudentiels tels qu’ils ont été définis ci-dessus

ð Le dénominateur recense tous les risques de contrepartie, lesquels sont pondérés pour tenir compte du degré de risque qui est variable selon la nature des engagements.

Ce ratio doit être toujours supérieur ou égal à 8%. en d’autres termes, les fonds propres doivent représenter au moins 8% de l’ensemble des risques pondérés.

·       Le ratio de division de risque : le principe réglementaire consiste à interdire toute concentration excessive des risques sur un ou plusieurs débiteurs importants de la banque.

Ce principe comporte 3 limites :

ðLa 1ere stipule qu’aucun débiteur ne doit totaliser des engagements excédent 25% des fonds propres prudentiels de l’établissement considéré

ðLa 2eme limite stipule que la somme des grands risques unitaires supérieurs à 10% des fonds propres ne doit pas dépasser 8 fois le montant de ces derniers

ðLa 3eme limite stipule qu’aucune participation dans une entreprise non financière (détention de plus de 10% du capital social) ne doit excéder 15 % des fonds propres de l’établissement de crédit concerné.

·       Le ratio de liquidité :

Le coefficient réglementaire de liquidité compare les liquidités à l’actif aux ressources exigibles au passif.

Au numérateur on retrouve les emplois réalisables à court terme, et au dénominateur on recense les ressources de même durée ; ce ratio doit être supérieur à 100%.

L’objectif essentiel est de limiter le risque de liquidité en s’assurant que l’établissement de crédit disposera pour une période à venir, des liquidités suffisantes pour faire face à ses engagements

   l’approche qualitative

Parallèlement à l’approche quantitative ou réglementaire, l’approche qualitative constitue un autre vecteur clé dans la gestion des risques bancaires.

En effet, des lacunes dans l’organisation et dans la gestion au sein d’une banque, pourraient être source de nombreux dysfonctionnement, lesquels pourraient se traduire par des pertes considérables qui condamnent tôt ou tard la rentabilité de la banque concernée.

Cette approche privilégie deux axes majeurs :

·       la qualité de l’organisation générale et du management

·       le contrôle interne au sein des banques

ðL’organisation  générale et la qualité du management 

De par la nature des activités qu’exercent les établissements de crédit , et qui sont des métiers réglementés , les autorités réglementaires  ont mis en place un certain nombre des normes qui permettent de s’assurer que les entités qui envisagent exercer ces activités , offrent un minimum de sécurité et d’aptitude à gérer l’entité à créer .

L’organisation d’un établissement de crédit constitue à cet effet un préalable nécessaire pour l’exercice de son activité. Elle ne va pas se  limiter à la forme juridique de l’entité en question et au seuil de capitalisation minimum pour exercer son activité, mais elle s’étend à la mise en place de la structure interne qui organise les directions, les départements, les services et les sections, ainsi que les dispositifs procéduraux et réglementaires qui organisent le fonctionnent de ces différentes entités.

La qualité et l’honorabilité des dirigeants de l’établissement de crédit constituent également    un facteur important pour l’exercice de la  profession est la pérennité de son existence.

Le facteur humain représente, donc, un axe majeur dans l’organisation des banques et un gage pour l’amélioration de la rentabilité et la maitrise des risques.

ð Le système de contrôle interne

Les difficultés et les défaillances constatées chez certains établissements de crédits courant les années passées, ont souvent eu pour cause profonde une insuffisance de contrôle interne.

Dans une perspective de maitrise des risques et d’optimisation de la rentabilité, les autorités de contrôle bancaire, dans plusieurs pays du monde, ont généralisé pour tout établissement, l’obligation de se doter d’un système de contrôle interne dont les objectifs essentiels sont les suivants :

·       la vérification de la conformité des opérations de l’organisation et des procédures

·       le contrôle du respect des procédures et de prise de risques

·       la vérification de la qualité de l’information comptable et financière

·       la vérification du respect des normes et usages professionnels et déontologiques

Sur le plan technique, le système de contrôle interne comprend :

·       le contrôle interne stricto sensu qui est un dispositif intégré dans le processus opérationnels, ce qui permet de le qualifier de contrôle permanant

·       l’audit interne ou contrôle du contrôle interne, dont le rôle essentiel est de vérifier l’efficacité et la cohérence du contrôle interne

·       la surveillance de l’audit interne qui procède à l’examen de l’activité et des résultats de l’audit interne. Cette fonction est confiée au conseil d’administration

Conclusion

L’explosion des risques bancaires s’est accompagnée d’une panoplie des mesures et des techniques qui visent à les gérer à bon escient, et à limiter leur ampleur.

Jusqu’à la fin des années 80, la gestion des risques par les banques état un peu traditionnelle et visait essentiellement à assurer un suivi individuel des risques en fonction de sa nature et de sa gravité.

Mais, depuis le début des années 90, les stratégies bancaires ont fortement évolué pour intégrer une nouvelle vision dans la gestion plus globale des risques au lieu qu’elle reste individuelle.

C’est dans ce cadre qu’intervient la gestion actif –passif (GAP) qui vise à assurer une véritable gestion d’ensemble du bilan de la banque, en vue de limiter au maximum les risques tout en maximisant les résultats , permettant ainsi d’optimiser le couple risque-rentabilité financière , et de déterminer le niveau supportable des risques compte tenu des résultats souhaités .